L'artisan métallurgiste se procure le minerai de fer dans son milieu naturel et produit lui-même son fer ou son acier par le procédé de réduction directe du minerai. Il produit du fer pur jusqu’à des aciers hautement carburés de façon artisanale et selon des techniques ancestrales, en respectant toutes les étapes de la chaîne métallurgique. Il doit s’adapter à son environnement naturel et même travailler en harmonie avec le milieu qui lui offre sa matière première. Il doit connaître sa géologie, son hygrométrie, les forces telluriques qui le caractérisent…

L’acier artisanal, produit sur ce principe depuis la nuit des temps, offre des qualités de pureté et de résistance incomparables avec l’acier produit de manière industrielle (hauts fourneaux).

La métallurgie artisanale permet une production limitée mais d’une qualité exceptionnelle. Commercialisés sous forme de barres ou de lingots, ces métaux premiers sont prisés en bijouterie pour leurs qualités de brillance du grain et en coutellerie pour la qualité de leurs tranchants.

L'acier de bas-foyer ou le tamahagane

Minerai de Touraine grillé puis broyé
Minerai de Touraine grillé puis broyé

 Les matériaux utilisés, toujours naturels, sont l’argile, pour ses propriétés réfractaires, les différents types de terre et le charbon. Celui-ci représente la source d’énergie fondamentale de l’artisan métallurgiste, qui peut d’ailleurs le produire lui-même dans une charbonnière, par combustion lente du bois.

 

Les bas foyers varient suivant les époques et les pays. Mais le principe est le même.

Le minerai est réduit en poudre et le charbon de bois est calibré. Après un long préchauffage, le foyer est rempli de couches alternées et la loupe est formée lorsque la réduction est terminée. On sort la loupe par une porte aménagée en partie basse du foyer.

La forge d’affinage va permettre de terminer le métal sorti du bas foyer. Ce travail de soudure de forge, répété plusieurs fois, va permettre d’obtenir le fameux lingot d’acier feuilleté.

 

On peut ensuite réaliser un couteau ou un outil d’une extrême résistance et d’une grande beauté.

La maîtrise des traitements thermiques de la lame est essentielle comme la normalisation, le recuit, la trempe ou le revenu.

Le bas-foyer monte à, 1300 degrés durant 5 heures.
Le bas-foyer monte à, 1300 degrés durant 5 heures.
La loupe à peine sortie du bas-foyer doit être rapidement compactée.
La loupe à peine sortie du bas-foyer doit être rapidement compactée.
Refroidie, elle sera étirée puis transformée en plaquettes qui seront soudées entre elles afin de former le lingot de tamahagane (acier feuilleté).
Refroidie, elle sera étirée puis transformée en plaquettes qui seront soudées entre elles afin de former le lingot de tamahagane (acier feuilleté).

Le wootz

Le Wootz est un alliage d'acier découvert en Inde environ 300 ans av-JC.

 Il est produit en plaçant un fer déjà travaillé ou du minerai de fer et du charbon de bois dans un creuset avec du verre. Ce dernier est alors scellé et chauffé dans un four avec d'autres creusets. Après une heure de chauffe, on obtient un mélange de verre flottant sur la surface et des "boutons" d'acier, avec une teneur constante en carbone de 1,5%. Séparés des scories, les "boutons" d'acier sont versés dans des lingots de 2 kilogrammes prêts à être forgés.

L'acier de Wootz fût largement exporté des indes. En Moyen-Orient, les méthodes de fabrication subirent alors quelques modifications, pour finalement obtenir les célèbres aciers de Damas.

L’indépendance de l'artisan

La matière est maîtrisée par la main de l’artisan, les outils sont manipulés par la main de l’artisan. Seule chance pour l’artisan de ne pas se faire avaler par l’industrie et le commerce : la fabrication d’objets uniques et authentiques à forte valeur ajoutée. L’authenticité s’inscrit dans la culture locale et régionale.

L’indépendance totale de l’artisan fèvre-coutelier est assurée par la maîtrise du procédé de réduction directe du minerai qui est le seul procédé qui peut être maîtrisé par un homme seul. Son objectif : être autonome dans la production de ses propres aciers.


 Redonner vie à des techniques ancestrales, à travers la pratique d’un métier créatif et en adéquation avec la nécessité de préserver les « vieux métiers » et d’en transmettre les principes aux jeunes générations.

Le renouveau du métier s’inspire également fortement des procédés et de la philosophie des forgerons japonais.